Bercy Colloc, Bercy au service des collectivités locales
N°41 - 29 novembre 2007
 
  A LA UNE

COMMANDE PUBLIQUE

Promouvoir l'insertion
tout en achetant au meilleur coût



La commande publique, instrument de lutte contre le chômage ? Pourquoi pas ! Tel est, en tout cas, l’objectif avoué d’un guide élaboré sous l'égide de l'Observatoire économique de l'achat public (OEAP), et conçu pour faciliter et sécuriser le développement de clauses sociales dans les marchés publics. Le témoignage engagé de Jean-Baptiste de Foucauld, inspecteur général des Finances, fondateur de l’association Solidarités nouvelles face au chômage et président de l'atelier de réflexion sur les aspects sociaux de la commande publique mis en place par l’OEAP.


La Lettre d’information BERCY COLLOC. Depuis quand le recours à des clauses sociales dans les marchés publics est-il possible ?
Jean-Baptiste de Foucauld. Le développement durable a fait son entrée dans le code des marchés publics 2001, avec les articles 14 et 30, puis d'autres dispositions sont apparues avec le code 2006. Tout d'abord, l'article 5 impose au pouvoir adjudicateur d'évaluer ses besoins en prenant compte des objectifs de développement durable. Ensuite, l'article 15 permet de réserver des marchés à des entreprises adaptées ou à des établissements et services d'aide par le travail. Enfin, l'article 53 introduit des clauses de "mieux disant social", c’est-à-dire un critère social.

La Lettre. N’y a-t-il pas mélange des genres quant on veut "faire du social" tout en achetant au meilleur coût ?
J-B de Foucauld. Les collectivités locales jouent un rôle important dans l'action sociale. Elles ont donc un intérêt direct à donner des heures de travail à des personnes dont elles supportent par ailleurs la charge financière. En outre, les clauses d'insertion portent le plus souvent sur le secteur du bâtiment, secteur où les entreprises rencontrent des difficultés à recruter de la main d'œuvre. L'introduction d'une clause sociale gérée avec l'aide d'une structure d'insertion par l'activité économique (SIAE) permet souvent à ces entreprises de trouver du personnel.
En pratique, de nombreux domaines d'activités se prêtent à de telles politiques de cohésion : le bâtiment et les travaux publics, bien sûr, mais aussi le gardiennage, les espaces verts, le nettoyage de locaux, l'imprimerie, l'impression, la blanchisserie.
Quant aux éventuels surcoûts, l'acheteur a peu de raison de craindre un effet sur les prix : le coût de l'insertion est largement subventionné par ailleurs.

La Lettre. Est-ce facile d’introduire des clauses sociales dans un marché ?
J-B de Foucauld. Pour des acheteurs publics qui souhaitent s'engager pour la première fois dans la pratique de l'insertion, mieux vaut commencer par utiliser les articles 14, 15 et 30 du code, et recourir à une ingénierie. Les collectivités territoriales qui ont déjà développé des clauses sociales ont fait appel à des "facilitateurs" ou recruté des chargés de mission ad hoc. Le chargé de mission informe et accompagne les opérateurs économiques dans la mise en œuvre des clauses sociales, grâce à sa connaissance des dispositifs et des mesures en faveur de l'emploi et de l'insertion, ainsi que du tissu économique local, et grâce à sa maîtrise des marchés publics. Introduire de telles personnes dans la chaîne de l'achat est, certes, une contrainte supplémentaire mais cela permet de sécuriser la procédure de commande publique.


Jean-Baptiste de Foucauld

Inspecteur général des Finances
Président de l'atelier
de réflexion sur les aspects sociaux
dans la commande publique de l'OEAP


La Lettre.
Quelles sont les premières impressions sur le terrain ?

J-B de Foucauld. Là où des expériences ont été menées, elles sont reconnues par tous comme bénéfiques, tant pour les personnes qui ont obtenu des emplois durables que pour les entreprises qui ont pu recruter là où elles éprouvaient des difficultés. Une trentaine d'exemples concrets de mise en œuvre de clauses sociales ont été répertoriés sur le territoire national, dans un guide diffusé par Alliance Villes Emploi, association qui regroupe des acteurs locaux, des Maisons de l'emploi et des Plans locaux pour l'insertion et l'exclusion. Ce document recense les bonnes pratiques en matière de clauses sociales, en développant les cas de collectivités pionnières comme les départements de Meurthe-et-Moselle, du Nord et du Pas-de-Calais, les communautés d'agglomération du grand Dijon et du grand Besançon, ou encore la ville de Rouen. Car ce sont d’abord des collectivités locales qui se sont lancées, et non l'Etat qui n’a guère montré l’exemple à l'exception de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine.

La Lettre. Quels sont les principaux conseils à donner aux collectivités qui souhaitent se lancer ?
J-B de Foucauld. J’en donnerais quatre. Premièrement, la mise en œuvre de clauses sociales nécessite l'affirmation d'une volonté politique de la collectivité : l'assemblée délibérante doit acter, par délibération, le souhait de s'engager dans cette voie.
Deuxièmement, il est recommandé aux acheteurs publics de développer une compétence en matière de clauses d'insertion dans leurs services, ou bien une ingénierie sociale.
En troisième lieu, il est prudent de rédiger des clauses faciles à appliquer par les entreprises. Pour les opérateurs économiques, trois formules sont envisageables pour l'exécution de la clause : soit une sous-traitance à un groupement d'employeurs pour l'insertion et la qualification, soit l'intérim d'insertion, soit l'embauche directe de personnes sélectionnées par des acteurs locaux de l'insertion.
Enfin, l'offre d'insertion est une composante essentielle de la réussite des clauses sociales. En aucun cas les démarches de promotion de l'insertion et de l'emploi au travers des marchés publics ne doivent diminuer le nombre d'entreprises soumissionnaires. Prévoir, par exemple, que 5 à 15% d'un lot soient réservés à la promotion de l'emploi des personnes en difficulté, en s'appuyant sur le savoir-faire des SIAE, me paraît une clause modeste et exécutable.
En tout état de cause, l'expérimentation des clauses sociales doit être graduelle, pour habituer le milieu local et permettre d'envisager ensuite une montée en régime progressive.


Pour en savoir plus :
Pour les collectivités locales intéressées par la démarche, le guide élaboré par l’atelier de réflexion de l’OEAP fournit des indications sur la méthode à suivre. Il analyse les différents articles du code relatifs aux clauses sociales, énonce les questions à se poser en amont d'un marché, lors de sa préparation, de sa rédaction et de son exécution.

MINEFE - Observatoire économique de l'achat public - Commande publique et accès à l’emploi des personnes qui en sont éloignées - Guide à l’attention des acheteurs publics élaboré par l'Atelier de réflexion sur les aspects sociaux dans la commande publique - Juillet 2007
Ministères de l'Economie et de l'Emploi, Alliance Villes Emploi, Conseil national de l'insertion par l'activité économique - Clauses sociales et promotion de l'emploi dans les marchés publics - Guide en direction des donneurs d'ordre - Actes de la journée du 5 février 2007

 
Directrice de la publication : Béatrice Delemasure
Rédactrice en chef : Bénédicte Boyer
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