Bercy Colloc, Bercy au service des collectivités locales
N°44 - 7 mai 2008
 
  A LA UNE


©Yann Rossignol
CARTE D’ACHAT

Courbevoie veut changer d’échelle


De la commande par Internet à la transmission par courriel de la pièce comptable au Trésor public : grâce à la carte d’achat, la ville de Courbevoie joue la dématérialisation totale d’une partie de ses achats de petit montant. Retour d’expérience avec Emmanuel Olivaud, directeur des Finances de la ville.

Il y a, à Courbevoie (81.120 hab., Hauts-de-Seine), 23 écoles maternelles, 12 écoles élémentaires et deux écoles mixtes. Il y a aussi quatre bibliothèques, sans compter tous les autres lieux, disséminés dans la ville, où les différents services municipaux ont régulièrement besoin de s’approvisionner en stylos et en chaises. Si l’on regarde, sur une année donnée, les seuls postes "fournitures" et "mobilier de bureau", cela représente pour la ville, au bas mot, 900 opérations distinctes, d’un montant unitaire compris entre 200 et 300 euros.

"Neuf cents opérations, autant dire 900 problèmes", soupire Emmanuel Olivaud, directeur des Finances de Courbevoie. Soupire… Ou plutôt soupirait : en effet, depuis l’automne 2005, la ville expérimente la carte d’achat sur ces deux secteurs, ce qui a permis de remplacer les fameuses 900 factures par 12 relevés mensuels, et d’éviter les très nombreuses relances fournisseurs liées à des factures impayées, éparpillées dans les services municipaux et récupérées avec retard par la direction des Finances.

Le point de départ de la démarche est une démonstration, faite par le trésorier municipal et les services de la trésorerie générale des Hauts-de-Seine, sur le fonctionnement d’une carte d’achat. La ville de Courbevoie, alors sur le point de renouveler pour trois ans ses marchés de fournitures et de mobilier de bureau, spécifie dans les deux appels d’offres qu’elle souhaite travailler par carte d’achat (1). Elle lance parallèlement un appel d’offres auprès du secteur bancaire, afin de choisir un établissement pour la carte support.

Emmanuel Olivaud

D
irecteur des Finances de la ville de Courbevoie

"Nous avons tout de suite apprécié la facilité de la commande", se souvient Emmanuel Olivaud. Avec la carte d’achat, les commandes se font par Internet, à partir d’un catalogue conforme au marché. La livraison est effectuée en J+2, l’entreprise se chargeant de gérer les différentes adresses de livraison possibles. La banque paie le fournisseur en J+5, et la ville reçoit un relevé mensuel d’opérations qu’elle règle en J+45. Au sein des services municipaux, c’est le service des Achats qui, en tant que gestionnaire des deux marchés, centralise les demandes, passe les commandes et opère les contrôles nécessaires (service fait) à réception du relevé mensuel. Chaque service lui retourne en effet les bons de livraison reçus et, en cas de marchandise incomplète ou défectueuse, le service des achats corrige le relevé d’opérations correspondant, ou bien le relevé suivant si la pièce a été reçue postérieurement au délai habituel de contrôle.

Une nouvelle étape a été franchie fin 2007, quand la ville a signé avec le Trésor public et avec la chambre régionale des comptes (CRC) une convention visant à dématérialiser le relevé de carte d’achat. "Tout se faisait de manière dématérialisée, sauf la transmission de la pièce comptable que nous devions éditer sous forme papier. Désormais, c’est la logique globale de dématérialisation qui prévaut", apprécie le directeur des Finances. Depuis le début de l’année, la ville adresse au trésorier municipal un courriel contenant le relevé mensuel en pièce jointe. Et en fin d’année, un cédérom récapitulera l’ensemble des opérations, à destination de la CRC.

"Nous pouvons maintenant considérer que la phase expérimentale est terminée", estime Emmanuel Olivaud, qui envisage d’étendre le système à d’autres secteurs. Après 106.000 euros de dépenses concernées en 2006, puis 280.000 euros en 2007, il vise à présent le "volume critique" que serait le doublement ou le triplement du montant. En interne, les bugs liés à la mise en place de l’interface avec la banque, puis à l’interfaçage avec le progiciel financier, sont résolus, ce qui permet d’envisager la généralisation de la formation à ces outils pour tous les agents du service financier. Parallèlement, la ville a revu ses procédures de contrôle, de façon à les adapter à un environnement où la commande est devenue plus "facile". Et en externe, depuis 2005, la liste des fournisseurs référencés "carte d’achat" s’est allongée, pour couvrir de nouveaux secteurs tels que la collecte d’ordures ménagères. "Pour des factures récurrentes, de montant plus conséquent, la carte d’achat a aussi son intérêt", estime le directeur des Finances.

"Notre trésorier est partant, et nous en sommes au stade de pouvoir envisager des gains de productivité, résume-t-il. Autant de raisons pour démultiplier ce système de commande simplifié qui assure à la ville une livraison rapide, et au fournisseur un paiement tout aussi rapide."

Note :
(1) NDLR - La demande d'exécution par carte d'achat d'un marché public ne doit pas entraîner de discriminations avérées entre les fournisseurs, conduisant certains d'entre eux à ne pouvoir répondre à un appel d'offre public.

Crédits photos :
Vue générale de Courbevoie: © Yann Rossignol
Portrait d'E.Olivaud : D.R.





STATISTIQUES 2007

La carte d’achat séduit d’abord les communes


Au 31 décembre 2007, 135 entités publiques utilisaient la carte d’achat, dont 65 collectivités locales. Le dispositif progresse lentement mais sûrement depuis les premières expérimentations menées en 2002-2003 à Meudon, à Issy-les-Moulineaux et à la communauté urbaine de Lyon.



Depuis la parution du décret n°2004-1144 du 26 octobre 2004 relatif à l’exécution des marchés publics par carte d’achat, ce nouvel outil de paiement s’implante peu à peu dans le secteur public local. Au 31 décembre 2007, 65 collectivités ou établissements publics locaux l’avaient adopté, dont :
- 31 communes,
- 10 groupements intercommunaux,
- 13 départements,
- une région,
- et 10 hôpitaux.

Une enquête qualitative menée, fin 2007, par la direction générale de la Comptabilité publique montre la satisfaction de toutes les catégories d’acteurs du dispositif au regard des possibilités offertes par la carte d’achat :
- les collectivités mettent en avant la réduction du temps passé sur les dépenses de faible montant (gains de productivité), ainsi que les meilleures conditions financières proposées par les fournisseurs lorsque l’introduction de la carte d’achat s’accompagne d’une mutualisation des commandes entre services (économies d’échelle) ;
- les porteurs de carte apprécient la simplification du processus d’achat, et ils se trouvent valorisés dans leurs responsabilités, la délégation de commande étant souvent perçue comme une "délégation de confiance" ;
- les fournisseurs constatent un règlement plus rapide de leurs factures. Ils regrettent, en revanche, que la démarche d’équipement soit génératrice de coûts alors que le retour sur investissement n’est pas certain, dans le contexte réglementaire des marchés publics où la pérennité de la relation acheteur-fournisseur n’est pas assurée ;
- les grands opérateurs bancaires émetteurs de la carte d’achat (American Express-Dexia, le groupe Caisse d’Epargne, CIC-Crédit Mutuel, BNP Paribas et la Société Générale) manifestent toujours leur intérêt pour le produit "carte d’achat" ;
- et les comptables publics bénéficient d’une simplification de leur travail.

La prochaine étape de développement de la carte d’achat dans le secteur public local devrait être liée à l’accélération de la dématérialisation des échanges ordonnateur-comptable. Un décret du 25 mars 2007 et un arrêté du 27 juin 2007 ont en effet créé un environnement juridique favorable à la dématérialisation de ces échanges. Dans ce nouveau contexte réglementaire a été élaborée une convention-cadre nationale relative à la dématérialisation des factures et des pièces d’exécution des marché publics des collectivités et établissements publics locaux. Les chiffres avancés par l’Association des professionnels européens de la carte d’achat pourraient inciter de nouvelles collectivités à coupler leurs actions de dématérialisation avec l’utilisation de la carte d’achat : alors que le coût total de traitement d’une facture est estimé en moyenne à 20 euros, il peut être ramené à 7,40 euros avec la carte d’achat et à 5 euros si la dématérialisation y est associée. En fin d’année 2007, la ville de Courbevoie (70.105 hab., Hauts-de-Seine) et la communauté urbaine de Lille (1.108.533 hab., 85 communes, Nord) ont été les premières collectivités de France à signer avec le Trésor public et la chambre régionale des comptes une convention sur la dématérialisation du relevé de carte d’achat.



 
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