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COMMANDE PUBLIQUE
Les potentialités offertes
par le nouveau régime juridique et fiscal
des contrats de partenariat
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Quatre ans après sa publication, l’ordonnance du 17 juin
2004 sur les contrats de partenariat nécessitait quelques correctifs.
Ce sera bientôt chose faite avec la sortie prochaine
des textes d’application de la loi du 28 juillet 2008.
Le point avec François Bergère, secrétaire
général de la Mission d’appui à la
réalisation des contrats de partenariat (MAPPP).
La Lettre d’information BERCY COLLOC. Après
l’ordonnance fondatrice de 2004, une nouvelle loi relative
aux contrats de partenariat a été adoptée
le 28 juillet dernier. Pourquoi a-t-il fallu légiférer à nouveau
sur le sujet ?
François Bergère. Malgré des premiers
retours encourageants en termes qualitatifs, le nombre d’opérations
lancées en contrat de partenariat reste modeste : on
ne comptait, début 2008, que 25 contrats signés,
18 par des collectivités locales de tous niveaux et
sept seulement au niveau central, pour un montant d’investissement
combiné de 500 M€. Le bilan quantitatif, très
loin des espoirs placés en 2004 dans le développement
de ce nouvel outil, montre que ce dernier doit encore trouver
sa place dans la commande publique.
Par la loi du 28 juillet 2008, le Gouvernement a donc voulu
stimuler le partenariat public-privé, afin de mieux
répondre aux besoins d’investissement public de
notre pays, en particulier dans les secteurs appelant un effort
considérable de remise à niveau des équipements
comme la modernisation du parc universitaire ou la mise en
oeuvre du Grenelle de l’environnement dans le patrimoine
bâti
public.
La Lettre. Quels
sont les points qui, selon vous, ont empêché un développement
plus rapide des contrats de partenariat ?
F. B. Dès le départ, en raison de la réserve
d’interprétation du Conseil Constitutionnel, le
contrat de partenariat s’est vu enserré dans des
critères juridiques restrictifs. Le critère "d’urgence",
en particulier, n’a été que très
peu invoqué (moins d’un cas sur dix à ce
jour), car difficile à définir. La "complexité",
elle aussi, peut avoir un effet dissuasif sur le porteur de
projet, soit que ce dernier ne souhaite pas démontrer
son incapacité à traiter le projet "seul
et à l’avance", soit que la procédure
lui paraisse trop lourde à gérer. Il fallait
donc élargir le champ d’accès aux contrats
de partenariat, mais sans revenir sur le principe de l’évaluation
préalable.
Par ailleurs, à l’expérience, l’ordonnance
de 2004 s’est révélée comporter
des zones d’ombre, donnant lieu à des interprétations
restrictives ou divergentes, et générant des
risques de contentieux. On peut citer notamment le champ des
recettes annexes, le mode opératoire de la cession de
créances, ainsi que l’articulation et les frontières
avec les autres formes de partenariat public-privé et
la délégation de service public. D’où le
plan d’action demandé au Premier ministre par
le Président de la République, le 1er octobre
2007, avec d’une part un volet législatif, d’autre
part un plan de formation des décideurs publics et un
programme de projets pilotes au niveau de l’Etat.
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François Bergère
Secrétaire général
de la Mission d’appui
à la réalisation
des contrats de partenariat (MAPPP)
Photo : D.R.
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La Lettre. Quels sont les principaux apports de la loi du
28 juillet 2008 ?
F. B. Le premier est la création d’un nouveau
critère d’éligibilité, dit de "l’efficience économique"
ou du "bilan". Il s’agit, pour la
personne publique, de démontrer que le recours au contrat
de partenariat présente un bilan avantages-inconvénients
plus favorable que celui d’autres formes de commande
publique. Les éléments de comparaison sont, entre
autres, les caractéristiques du projet, les exigences
du service public et les insuffisances et difficultés
rencontrées dans la réalisation de projets comparables.
La loi précise que "le critère du paiement
différé ne saurait à lui seul constituer
un avantage".
Le deuxième apport est la création d’une procédure
négociée pour les contrats de montant modeste, inférieur à un
seuil fixé par décret qui, a priori, devrait être celui qui
s’applique dans la réglementation communautaire, soit 5.150.000 € HT
en marchés de travaux (133.000 € hors travaux). Il est, en effet,
apparu utile de permettre aux personnes publiques de recourir à une procédure
moins coûteuse que le dialogue compétitif pour des contrats de rénovation
d’installations existantes ou de performance énergétique,
répondant aux orientations décidées dans le cadre du Grenelle
de l’environnement.
La Lettre. Pensez-vous que cela va suffire à rendre
le contrat de partenariat plus attractif ?
F. B. Le législateur avait déjà entrepris
de mettre à jour le code de l’urbanisme et le
code général des impôts, afin de rétablir
l’équité ou la neutralité fiscale
entre le contrat de partenariat et les autres formes de commande
publique. La loi du 28 juillet a poursuivi la mise à jour
pour les taxes d’urbanisme ou liées à la
construction, avec une extension de l’exonération
de versement pour dépassement du plafond légal
de densité et de la redevance pour création de
bureaux ou de locaux de recherche en région Ile-de-France.
La redevance d’archéologie préventive a également été alignée
sur le régime plus favorable de la loi MOP, et les conditions
de la fiscalité sur la publicité foncière
ont été harmonisées.
Il reste maintenant à assurer, par décret, l’exonération
de la taxe locale d’équipement, et à régler
la question de quelques autres droits et taxes départementales (taxe
au profit des CAUE). Cela fait, on aura procédé à la
neutralisation des principales distorsions de concurrence avec
les autres modes de la commande publique, donc levé les
principaux freins au développement du contrat de partenariat.
La Lettre. Dans quels domaines pensez-vous
que les contrats de partenariat vont maintenant se multiplier
?
F. B. Le début d’année 2008 a été marqué par
un certain attentisme de la part des porteurs de projets, pour
des raisons à la fois d’échéances électorales
et de manque de visibilité sur les nouvelles dispositions
législatives. A ce jour, plus de 160 projets ont été initiés,
c’est-à-dire qu’un appel d’offres
a été publié au Journal officiel pour
sélectionner un assistant à maîtrise d’ouvrage
afin d’élaborer l’évaluation préalable.
La moitié sont actuellement en cours d’attribution,
l’avis d’appel public à la concurrence ayant été passé.
Et 32 ont déjà débouché sur un
contrat signé. Dans les mois qui viennent, des contrats
importants devraient être attribués dans le domaine
des infrastructures de transport (ouvrages ferroviaires, fluviaux
et routiers).
Le contrat de partenariat, à ce jour, concerne principalement
les bâtiments (30% des projets en volume), l’équipement
urbain (21%), les équipements en énergie et les
ouvrages sportifs et culturels (15%). Les projets à caractère
informatique ou de télécommunications, tels que
les réseaux Internet à haut débit (9%)
et les investissement de transport (10%) sont en croissance
régulière. Toutes les catégories de collectivités
locales, de la commune à la région, sont désormais
représentées parmi les signataires de contrats.
Le transfert par l’Etat d’un certain nombre de
compétences (voirie routière, par exemple) et
l’apparition de nouveaux secteurs d’intervention
(équipement numérique du territoire, notamment)
ont conduit les collectivités à une recherche
d’efficacité face à des problématiques
nouvelles.
Les suites opérationnelles du Grenelle de l’environnement,
en particulier la mise en oeuvre des nouvelles normes d’efficacité énergétique
(50 KWh/m2), devraient se traduire par un volume d’investissement
de plusieurs dizaines de milliards d’euros dans les 15
prochaines années, tant sur le patrimoine bâti
de l’Etat que sur celui des collectivités territoriales.
Il est clair que ces investissements, pour l’essentiel,
devront se réaliser par recours à des financements
innovants de type contrat de partenariat.
Pour en savoir plus :
Loi
n°2008-735 du 28 juillet 2008 relative aux contrats de partenariat
Fiches
techniques et modèles proposés par la MAPPP
Le
site de la MAPPP sur les contrats de partenariat
SE
FORMER AUX CONTRATS DE PARTENARIAT
Dans le cadre du "Programme
national de formation des acteurs publics à la
passation et au suivi des contrats de
partenariat", la Mission d’appui à la
réalisation des contrats de partenariat
(MAPPP) a signé, le 10 juin 2008,
une convention-cadre avec le CNFPT, la
direction générale des
Collectivités locales et l’Institut
de la gestion déléguée.
Les formations prévues s’adressent
aussi bien aux fonctionnaires territoriaux
qu’aux agents des services déconcentrés
de l’Etat. Le contenu pédagogique
est décliné en trois niveaux
(initiation, mode opérationnel
et perfectionnement) selon le degré de
spécialisation du public. Parmi
les actions prévues figure, par
exemple, une première session
de formation organisée le 18 décembre
prochain par l’INET à Strasbourg,
en liaison avec la région Alsace.
Des modules de formation continue sur
trois jours, destinés aux gestionnaires
locaux, seront intégrés à l’offre à partir
d’avril 2009.
La MAPPP est également partenaire
fondateur de "l’Ecole des
partenariats public-privé",
association loi de 1901 créée
avec les universités Paris II et
Paris X, l’Ecole nationale des Ponts
et chaussées et l’Institut
de la gestion déléguée.
Un premier cycle de formation qualifiante
pour les donneurs d’ordre publics
s’ouvrira en janvier 2009, sur 16
semaines, la MAPPP assurant directement
l’animation de différents
modules et l’élaboration d’une
"bibliothèque" de
cas tirés des premiers projets instruits
et mis en oeuvre.
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