Bercy Colloc, Bercy au service des collectivités locales
N°50 - 8 avril 2009
 
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ECONOMIE


Emmanuel Constans :
"L’euro est notre trésor caché"


Le 1er janvier 2009, la Slovaquie est entrée dans la zone euro, dix ans tout juste après que les onze premiers pays concernés (dont la France) aient définitivement fixé le taux de conversion de leurs monnaies respectives en euro. Le dixième anniversaire de la monnaie unique n’a guère donné lieu à festivités. Retour sur une décennie pourtant capitale pour notre économie, avec Emmanuel Constans, médiateur des ministères de l’Economie et du Budget et ex "Monsieur Euro" de Bercy.


La Lettre d’information BERCY COLLOC. En France, le dixième anniversaire de l’euro est passé inaperçu ou presque. Comment expliquez-vous cette absence de commémoration ?
Emmanuel Constans. Sans doute parce que pour le grand public, l’avènement de l’euro n’a pas été la création même de la monnaie unique, le 1er janvier 1999, mais l’arrivée des pièces et des billets trois ans plus tard. Mais peu importe qu’on fête aujourd’hui les sept ans ou les dix ans de l’euro, le bilan est positif. On le voit dans la crise économique et financière actuelle : si nous n’avions pas l’euro, nous serions dans des difficultés terribles car les monnaies feraient l’objet de spéculations entre pays de la zone euro. L’euro nous sert de rempart alors que les monnaies européennes hors de la zone euro fluctuent dans des conditions difficiles.
Ces éléments de protection sont très concrets : l’épargne des Français est protégée et les prix ne subissent pas un effondrement de la monnaie qui rendrait les importations très chères. De même, nous bénéficions de taux d’intérêt bas que nous continuons d’avoir malgré la crise.

La Lettre. Pourquoi les Français n’ont-ils pas conscience que l’euro les protège de la crise ?
E.C. Le caractère bénéfique de l’euro a été obscurci au moment du passage à l’euro fiduciaire, au 1er janvier 2002, par la montée des prix. Cela a été ressenti très durement par l’opinion publique, et pas seulement en France : on a dit, les prix montent à cause de l’euro, l’image s’est implantée et subsiste encore dans le paysage. En réalité, le phénomène de hausse de certains prix comme le "petit noir" au comptoir ou les journaux a été assez marginal : toutes les statistiques françaises et européennes montrent que le passage à l’euro n’a pas entraîné d’augmentation sensible des prix (1).
Les collectivités locales, de ce point de vue-là, ont parfaitement joué le jeu de la neutralité des tarifs de leurs services publics. J’en ai été témoin dans le cadre de la Mission euro : elles ont converti au centime près, tout en jouant parallèlement un rôle essentiel dans la préparation du passage à l’euro, notamment auprès des populations fragiles. Les communes, les CCAS, les travailleurs sociaux, tout le monde s’est mobilisé sur le terrain pour que l’événement soit vécu comme une aventure positive. Le résultat a été une très belle réussite collective dans laquelle les collectivités locales ont fait preuve de beaucoup de professionnalisme et d’une grande solidarité.

La Lettre. Le double affichage des prix, en francs et en euros, aurait dû disparaître en 2003. Pourtant, supermarchés, grands magasins et banques continuent d’afficher des valeurs en francs. Est-ce une bonne chose ?
E.C. Certains disent que le double affichage permet de contrôler les prix, mais cela n’a pas tellement de sens, car le franc n’existe plus depuis dix ans. La difficulté qu’ont eue les Français tient au fait que sur le plan nominal, les montants en euros sont plus faibles qu’ils n’étaient en francs. Un euro ou 1€50, ça paraît moins cher que 6F60 ou 10 francs. Mais 1€25, ce n’est pas 1F25 !
Pour comparer les prix d’un magasin à un autre, il faut raisonner en euros et je suis, pour ma part, partisan de la suppression du double affichage, suppression qu’il faudra peut-être, à un moment donné, rendre obligatoire. Les Français reçoivent leurs salaires et pensions en euros, ils doivent calculer leur budget en euros. Les services publics se sont montrés en avance dans ce domaine, en procédant au double affichage avant le passage, mais pas après. Dès janvier 2002, les bulletins de paye des fonctionnaires étaient uniquement en euros.

La Lettre. Que faudrait-il faire pour réconcilier définitivement les Français avec l’euro ?
E.C. Les Français vont s’en rendre compte par eux-mêmes. Si nous tenons le choc face à la crise, c’est grâce à la compétitivité de nos entreprises et à notre système social performant, mais aussi grâce à l’euro, qui est un point d’ancrage solide et qui va nous permettre de repartir. Avec des taux d’intérêt bas dus à une monnaie solide, les particuliers vont pouvoir reprendre leurs achats immobiliers, et les entreprises leurs investissements, essentiels pour la croissance donc pour l’emploi. Quant aux collectivités locales, qui sont les premiers investisseurs publics, il est important qu’elles puissent emprunter aux meilleures conditions possibles, ce qui est le cas dans le cadre d’un marché obligataire transparent et profond comme celui de l’euro.
Que chacun réfléchisse un petit peu : sur les plateaux de la balance, les avantages de l’euro pèsent beaucoup plus lourd que ses inconvénients. Si l’Islande avait eu l’euro, ce pays ne connaîtrait pas de graves difficultés comme il en connaît aujourd’hui. Je pense que l’euro va nous permettre de rebondir plus rapidement après cette crise que ce n’était le cas par le passé où les reprises, notamment en France, étaient toujours plus lentes qu’aux Etats-Unis. L’euro, c’est notre trésor caché !


Note :
(1) NDLR -
Voir notamment :
- les statistiques de l’INSEE sur l’évolution mensuelle de l’indice des prix à la consommation de janvier 1998 à février 2009 ;
- la communication de la Commission au Parlement européen COM (2008) 238 du 7 mai 2008, "UEM@10 : bilan de l’Union économique et monétaire dix ans après sa création".



Le parcours d'Emmanuel Constans depuis le 1er janvier 1999

De 1999 à 2002, Emmanuel Constans, inspecteur général des Finances, est responsable de la "Mission euro" au ministère des Finances.

En mars 2002, dans le cadre de la modernisation de Bercy, il devient le premier médiateur du ministère, chargé de recevoir les réclamations des personnes (physiques et morales) concernant les services du ministère et de favoriser la solution des litiges.

En septembre 2004, il est nommé président du Comité consultatif du secteur financier (CCSF), et partage désormais son temps entre ses deux missions.

En sus de ses fonctions officielles, Emmanuel Constans est administrateur de l’Association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (ADAPT) qui, forte de 2.000 salariés et de 2.000 bénévoles, gère 40 établissements d’accueil. Il a présidé l’ADAPT de 2005 à 2008.


 
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