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ECONOMIE
Emmanuel Constans
:
"L’euro est notre trésor caché"
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Le 1er janvier 2009, la Slovaquie est entrée dans
la zone euro, dix ans tout juste après que les onze premiers
pays concernés (dont la France) aient définitivement
fixé le taux de conversion de leurs monnaies respectives
en euro. Le dixième anniversaire de la monnaie unique
n’a guère donné lieu à festivités.
Retour sur une décennie pourtant capitale pour notre économie,
avec Emmanuel Constans, médiateur des ministères
de l’Economie et du Budget et ex "Monsieur Euro" de
Bercy.
La Lettre d’information
BERCY COLLOC. En
France, le dixième anniversaire de l’euro est passé inaperçu
ou presque. Comment expliquez-vous cette absence de commémoration
?
Emmanuel Constans. Sans doute parce que pour le grand
public, l’avènement de l’euro n’a
pas été la création même de la monnaie
unique, le 1er janvier 1999, mais l’arrivée des
pièces et des billets trois ans plus tard. Mais peu
importe qu’on fête aujourd’hui les sept ans
ou les dix ans de l’euro, le bilan est positif. On le
voit dans la crise économique et financière actuelle
: si nous n’avions pas l’euro, nous serions dans
des difficultés terribles car les monnaies feraient
l’objet de spéculations entre pays de la zone
euro. L’euro nous sert de rempart alors que les monnaies
européennes hors de la zone euro fluctuent dans des
conditions difficiles.
Ces éléments de protection sont très concrets
: l’épargne des Français est protégée
et les prix ne subissent pas un effondrement de la monnaie
qui rendrait les importations très chères. De
même, nous bénéficions de taux d’intérêt
bas que nous continuons d’avoir malgré la crise.
La Lettre. Pourquoi les Français n’ont-ils
pas conscience que l’euro les protège de la crise ?
E.C. Le caractère bénéfique de
l’euro a été obscurci au moment du passage à l’euro
fiduciaire, au 1er janvier 2002, par la montée des prix.
Cela a été ressenti très durement par
l’opinion publique, et pas seulement en France : on a
dit, les prix montent à cause de l’euro, l’image
s’est implantée et subsiste encore dans le paysage.
En réalité, le phénomène de hausse
de certains prix comme le "petit noir" au comptoir
ou les journaux a été assez marginal : toutes
les statistiques françaises et européennes montrent
que le passage à l’euro n’a pas entraîné d’augmentation
sensible des prix (1).
Les collectivités locales, de ce point de vue-là,
ont parfaitement joué le jeu de la neutralité des
tarifs de leurs services publics. J’en ai été témoin
dans le cadre de la Mission euro : elles ont converti au centime
près, tout en jouant parallèlement un rôle
essentiel dans la préparation du passage à l’euro,
notamment auprès des populations fragiles. Les communes,
les CCAS, les travailleurs sociaux, tout le monde s’est
mobilisé sur le terrain pour que l’événement
soit vécu comme une aventure positive. Le résultat
a été une très belle réussite collective
dans laquelle les collectivités locales ont fait preuve
de beaucoup de professionnalisme et d’une grande solidarité.
La Lettre. Le
double affichage des prix, en francs et en euros, aurait dû disparaître
en 2003. Pourtant, supermarchés, grands magasins et banques
continuent d’afficher des valeurs en francs. Est-ce une bonne
chose ?
E.C. Certains disent que le double affichage permet de contrôler
les prix, mais cela n’a pas tellement de sens, car le franc n’existe
plus depuis dix ans. La difficulté qu’ont eue les Français
tient au fait que sur le plan nominal, les montants en euros sont plus faibles
qu’ils n’étaient en francs. Un euro ou 1€50, ça
paraît moins cher que 6F60 ou 10 francs. Mais 1€25, ce n’est
pas 1F25 !
Pour comparer les prix d’un magasin à un autre, il faut raisonner
en euros et je suis, pour ma part, partisan de la suppression du double affichage,
suppression qu’il faudra peut-être, à un moment donné,
rendre obligatoire. Les Français reçoivent leurs salaires et
pensions en euros, ils doivent calculer leur budget en euros. Les services
publics se sont montrés en avance dans ce domaine, en procédant
au double affichage avant le passage, mais pas après. Dès janvier
2002, les bulletins de paye des fonctionnaires étaient uniquement en
euros.
La Lettre. Que faudrait-il faire
pour réconcilier
définitivement les Français avec l’euro ?
E.C. Les Français vont s’en rendre compte
par eux-mêmes. Si nous tenons le choc face à la
crise, c’est grâce à la compétitivité de
nos entreprises et à notre système social performant,
mais aussi grâce à l’euro, qui est un point
d’ancrage solide et qui va nous permettre de repartir.
Avec des taux d’intérêt bas dus à une
monnaie solide, les particuliers vont pouvoir reprendre leurs
achats immobiliers, et les entreprises leurs investissements,
essentiels pour la croissance donc pour l’emploi. Quant
aux collectivités locales, qui sont les premiers investisseurs
publics, il est important qu’elles puissent emprunter
aux meilleures conditions possibles, ce qui est le cas dans
le cadre d’un marché obligataire transparent et
profond comme celui de l’euro.
Que chacun réfléchisse un petit peu : sur les
plateaux de la balance, les avantages de l’euro pèsent
beaucoup plus lourd que ses inconvénients. Si l’Islande
avait eu l’euro, ce pays ne connaîtrait pas de
graves difficultés comme il en connaît aujourd’hui.
Je pense que l’euro va nous permettre de rebondir plus
rapidement après cette crise que ce n’était
le cas par le passé où les reprises, notamment
en France, étaient toujours plus lentes qu’aux
Etats-Unis. L’euro, c’est notre trésor caché !
Note :
(1) NDLR - Voir notamment :
- les statistiques de l’INSEE sur l’évolution
mensuelle de l’indice
des prix à la consommation de janvier
1998 à février 2009 ;
- la communication de la Commission au Parlement européen
COM (2008) 238 du 7 mai 2008, "UEM@10
: bilan de l’Union économique
et monétaire dix ans après sa création".
Le parcours d'Emmanuel Constans depuis le 1er janvier
1999
De 1999 à 2002,
Emmanuel Constans, inspecteur général
des Finances, est responsable de la "Mission euro" au
ministère
des Finances.
En mars 2002, dans le cadre de la modernisation de Bercy, il devient le premier
médiateur du ministère, chargé de recevoir les réclamations
des personnes (physiques et morales) concernant les services du ministère
et de favoriser la solution des litiges.
En septembre 2004, il est nommé président du Comité consultatif
du secteur financier (CCSF), et partage désormais son temps entre
ses deux missions.
En sus de ses fonctions officielles, Emmanuel Constans est administrateur
de l’Association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes
handicapées (ADAPT) qui, forte de 2.000 salariés et de 2.000 bénévoles,
gère 40 établissements d’accueil. Il a présidé l’ADAPT
de 2005 à 2008.
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